Je pourrαis écrire un mot sαvαnt, une phrαse poétique, mais à quoi bon quαnd on peut tout simplement dire ; ----------Bienvenue .

Tout dαbord, les présentαtions. Je m'αppelle Isαbelle, ce serα lα seule informαtion que vous tirerez de moi ici. Je serαi donc votre hôte à trαvers tout votre temps de lecture, que j'espère, vous serα αgréαble. Ici seront exposées plusieurs O.S. que j'αurαi écrites, αlors ne soyez pαs choqués/choquées si vous y retrouvez de l'homosexuαlité, des relαtions sexuelles détαillées & des situαtions complètement hors du commun. Je vous invite à pαrcourir les pαges de mon monde imαginαire & j'espère que vous αpprécierez.

Bonne lecture ; Isαbelle.
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# Posté le mardi 30 septembre 2008 22:45

O.S. premier

O.S. YURI (relations entre femmes)

Ton c½ur bat si fort dans ma poitrine.

J'ouvre les yeux, la lumière m'aveugle quelques instants. Tout le monde y est, même toi, petit ange, qui repose la tête entre les mains, sur le vieux fauteuil de cuir au fond de ma chambre d'hôpital. Je relève la tête un peu, juste pour t'observer quelques instants, tu ne t'es pas encore aperçue que je suis bien éveillée, à admirer tes traits si fins que je n'ai pas revus depuis quatre mois déjà. Je fais signe à mes parents de se taire, je veux t'admirer, le temps d'un souffle, le temps de laisser la vie entrer en moi de nouveau. Pourquoi es-tu venue ? Je ne croyais jamais me réveiller. Pourtant, moi qui espérais la mort, j'ai trouvé mieux. Toi, mon pire cauchemar, tu fais de moi la victime de tes innombrables rêves. Ton c½ur palpite lorsque tu as les yeux clos et que mon image t'apparaît. Et quand ça arrive et que tu es dans ses bras à lui, ton c½ur palpite aussi fort ? Pour ma part, je crois que non, je crois qu'il remonte à ta gorge en essayant de sortir comme une pluie de petits cristaux liquides, je suis ton âme et j'essaie de m'échapper. J'ai manqué de force, ma tête s'affale sur l'oreiller, les yeux asséchés mais remplis de ton image. Je n'ai plus assez d'énergie pour te regarder, ta vue me tue. Le bruit sourd que j'ai causé t'alerte, je te vois remonter le visage brusquement, poser ton regard rougi sur mon corps. Je suis plus pâle qu'à l'habitude, toi, la seule et unique qui te délectait de cette couleur de peau, blanc comme neige. Je respire fort, je respire l'aura que tu crées autour de toi puisque seul cet oxygène m'est essentiel, car hier j'ai tenté d'expulser l'air de mon corps à tout jamais, hier j'ai essayé de mourir Jamie. Tu fixes les bandages qui ornent mes bras meurtris, et ton regard se pose sur cette bague, la bague. Le sang y est séché maintenant, car oui, j'ai tenté de quitter ce monde avec la seule preuve d'amour qu'il me reste de toi. J'ouvrais mon bras gauche à l'aide des faux diamants que tu m'as offerts en gage d'amour éternel, et lorsque la faiblesse se fit sentir pour l'autre bras, j'utilisai mes dents, juste pour tout sentir une dernière fois. Je n'aurais pas quitté la vie hier, doux trésor, la vie m'a quittée en même temps que toi. Tes yeux bruns que tu détestes tant me fixent, le niveau de l'eau y monte. Tu sens l'air de la pièce se vider au rythme du niveau de larmes qui augmente dans mon univers, dans ton regard ? Je sais que la vie t'as quittée toi aussi, pourquoi ne pas me l'avoir dit ? Tu essayais de me prouver que tu pouvais respirer sans protection arrière, sans moi. Au lieu de suivre tes pas, douce Jamie, j'ai été obligée de te porter. Ta main frôle le barreau de métal froid de ce lit inconfortable, ta main qui jadis frôlait mon ventre, remontait à ma poitrine pour venir y frôler mon c½ur. Et ton corps, tu es consciente que tu peux lui donner tout entier, mais seulement, lui donneras-tu ton âme ? Et ton c½ur ? Je le détiens en moi, il bat dans ma poitrine. J'ai essayé de mourir quand j'ai senti qu'il ne battait plus, Jamie, tu n'es plus heureuse. Ce vide que tu ne peux combler en toi, tu en connais la nature. Pourquoi te poser tant de questions inutiles auxquelles tu connais déjà la réponse ? Pour repousser le temps, la peur s'est emparée de toi. Je criais que j'étais là, à chaque bouffée d'air qui s'engouffrait en moi, pourtant, je sombrais à nouveau dans les abysses, tu ne revenais pas. Tu t'affales comme une enfant par terre, après tout, c'est la règle de notre monde imaginaire non ? Ne jamais grandir ma Wendy. Pourquoi pleures-tu ? Pourquoi murmures-tu que tu regrettes ? Petit ange, je le sais déjà. Ne parle pas pour rien, regarde-moi. Tu le ressens toi aussi, ce léger frisson dans le c½ur ? Les autres quittent la chambre, de toute manière, lorsque tu es près, la pièce est déjà vide dans mon esprit. Non mon amour, ne pleure pas. Le bonheur est à ta portée non ? Il suffit de me dire trois mots... C'est ça, grimpe sur mon lit doucement. Des gouttes noires salissent les draps blancs, signe d'une étrangère au Paradis. Tu me tiens dans la paume de ta main, main qui parcourt mon bras droit. Ton c½ur palpite fort dans ma poitrine tu sais ? Tu t'étends, mais s'il-te-plaît, ne me tourne pas le dos mon amour. Tu prends le peu de force qu'il te reste pour poser mon bras gauche sur ta hanche. Mon bras vidé de sang vingt-quatre heures plus tôt retrouve toutes sensations. Je suis fatiguée Jamie, tellement fatiguée. Pour une fois, ce ne sont pas les blessures qui m'épuisent, c'est de te savoir si loin alors que tu es si près. J'enroule une de tes mèches de cheveux autour de mon index, je t'ai dit au tout début de notre vie, que ce signe témoignait mon amour, alors je t'aime.

« Emmène-moi...s'il-te-plaît... »

Avant même que je ne souffle cette phrase, tu avais déjà entrepris de me ramener chez moi, à la maison. Deux c½urs qui battent à l'unisson se comprennent non ? Le paysage défile devant moi, en noir et blanc. Seule toi es en couleur, seule toi peux me les rendre. Le silence règne, silence rempli de ces mots que tu n'as pas le courage de dire. Il fait nuit, déjà. Je me fous du temps qui passe, il passe en ta compagnie, en fait il ne s'écoule plus. Nous sommes maîtresses du jeu. Tout le monde va se coucher, ils savent que c'est de toi dont j'ai besoin, les questions viendront demain, pas maintenant, pas encore. Tu me portes jusqu'à mon lit, dans lequel tu me déposes avec toute la délicatesse du monde. Comme avant, je suis ton enfant et toi une mère, un guide, mon ange. J'aime quand tu passes une compresse d'eau froide sur mon front, ce geste simple m'a tant manqué. Tu pleures, je le vois, mais je ne peux que fermer les yeux. Tu fermes la lumière et te glisses sous mes draps. Sauf tout le respect que j'ai pour toi, le feu vert m'a été donné. Je m'assois doucement et tire avec précaution sur ton bras gauche. Tu es assise, tu me regardes, tu regardes l'horloge, pourquoi mon amour ? Une vie c'est long, pourquoi t'en faire ? Je sais que mes paroles et mon geste t'ont fait réaliser qu'il faut vivre la seconde. Tu me regardes droit dans les yeux et commences à enlever mon bandage gauche, délicatement, sans détacher ton regard du mien. Vingt-et-une petites lignes y sont gravées, tu sais que vingt-et-une autres seront marquées sur le droit. Tu déposes tes lèvres sur la première ligne, et glisses ta langue tout doucement sur mes cicatrices. Tu veux entrer en contact avec mon sang, tu veux mettre un peu de toi en moi, tu veux ne refaire qu'un avec moi. Comment vivre avec la moitié d'un corps ? Tu pleures, les gouttes salées entrent dans mes blessures. Douce torture, je ferme les yeux et je savoure l'instant. Tu relèves ton visage vers le mien et prends ma tête entre tes mains, entre le centre de mon attention. Tu m'embrasses sur le front : tu t'excuses. Tu me fixes droit dans les yeux, me laissant contempler l'infini. Tu embrasses mon nez : tu as besoin de moi. Tu me regardes toujours, chaque baiser laissant sa propre cicatrice, visibles aux yeux du c½ur. Tu fermes tes paupières, approches tes lèvres des miennes et m'embrasses doucement sur la bouche : tu m'aimes. Ton c½ur bat toujours aussi fort dans ma poitrine. Tu te détaches après un bref instant, juste pour voir l'impact du geste sur les restes de ma propre personne. Tu reviens vers moi, tous les chemins mènent à Rome douce Jamie. J'avais fait la moitié du chemin, je n'attendais que toi. Alors que j'ai quitté ces sentiers battus, pourquoi as-tu parcouru la route toute seule en courant ? Embrasse-moi encore mon amour. Tes larmes viennent saler ma bouche, je les délecte avec passion, avec le peu d'âme qui ressort de la tempête. Tu sanglotes dans ma bouche pendant que j'entreprends d'enlever ton t-shirt. Toute simple sois-tu, à mes yeux tu seras toujours une personne spéciale, mon ultime. Je retrace des yeux les creux laissés sur ton corps par mon absence, mes doigts refont le trajet. Tu frissonnes, tu brûles Jamie. Tu m'embrasses tendrement, aucune sauvagerie dans ta délivrance. Tu n'aimes pas embrasser avec la langue, je sais. Tes lèvres sont si douces, tes lèvres sont si pures. Je me remémore chaque pli dans celles-ci, je tremble à présent. On ne parle pas d'excitation, on parle ici d'obligation. C'est impératif mon ange, fais-moi l'amour. Délivre-moi de l'Enfer, fais-moi goûter à ton Paradis. Tes mains parcourent ma colonne vertébrale, mon endroit sensible, tu l'as toujours su. Tu exerces une pression pour que je m'allonge, non mon c½ur, debout, je veux profiter de chaque parcelle de ton corps. Je t'entraîne debout au milieu de la pièce, tu lèves les bras pour allonger ton corps félin. J'embrasse ta mâchoire, puis ton cou. J'emprisonne ta peau, je me livre à toi. Je descends, ta clavicule, je respire l'odeur de ta peau. Tu te rappelles que tes épaules sont la partie de ton corps que je préfère ? C'est là que toute ta douceur y est ancrée, toute l'odeur de ton amour déposée. Je frotte le bout de mon nez, j'inspire, refais le plein de vie, m'emplissant de toi. J'embrasse ta poitrine, du bout des lèvres. Ne pas laisser l'excitation gagner, l'amour arrivera premier ce soir, je te le promets. Ton ventre, je retrace la ligne des tes abdominaux avec mon index. Mon ange, pourquoi tu pleures ? Mon index descend jusqu'à ton jean. Je le déboutonne, tout doucement. Je le descends, m'agrippant à deux mains dessus. Moi à genoux, soumise à toi, ma seule, mon âme. La couleur de ton sous-vêtement reflète ta vie de ces quatre derniers mois, noire. Est-ce que tu as su ressentir toute cette tendresse ailleurs ? Non, jamais. J'embrasse ton aine et je passe ma main tranquillement par une ouverture de jambe. À travers ta petite culotte, le bras en appui sur ta cuisse, ma main caresse la peau de ton entre-jambe. Ma bouche est portée vers ton ventre, ma bouche amoureuse de ta peau, ta peau en manque de moi. Mes doigts effleurent ton bas-ventre. Ils descendent doucement et atteignent ton clitoris. Tu gémis au même rythme que mes doigts te caressent. Je sens tes mains se crisper dans mes cheveux et ta tête basculer vers l'arrière. Je bouge tout doucement ma main, te faisant gémir de plus en plus fort. Puis je descends encore mes doigts, cette fois, ils effleurent ton entrée. Je pénètre doucement, tu cries, tu pleures. Je vais et je viens, je sens l'espace dans lequel je suis entrée réchauffer ma main. Mon entre-jambe s'enflamme, je ne peux que t'aimer ce soir. Je n'ai pas retiré ton sous-vêtement, je sais que tu n'aimes pas ton corps. Je te respecte doux ange, le plaisir se passe sous mes yeux. Tu halètes, tu gémis mon nom.

« Assieds-toi. »

Tu t'exécutes, sur le coin du lit, là où je t'ai joué pour la première fois notre chanson à la guitare. Tu enlèves de toi-même ton vêtement, mes doigts toujours en toi. En appui sur tes mains, c'est toi qui va et vient. Tu ondules le bas de ton corps, le plaisir s'empare de toi. Je me retire et approche ma bouche. J'embrasse un genou, passe ma langue jusqu'à ta cuisse. Mes doigts encore mouillés dessinent mon amour sur ton autre jambe. Tu frissonnes, tu perds contrôle. Je souffle doucement sur ton aine, l'air froid te fait gémir. J'avance doucement ma tête vers ton entre-jambe, et ma langue entre en contact avec celui-ci. Tu halètes, je brûle. Je lèche doucement, appuyant fort pour te faire ressentir la douceur meurtrière de mes sentiments pour toi. Ma main s'aventure à l'intérieur de tes cuisses, je rentre en toi une nouvelle fois. Tu hurles mon amour, tu cries, tu jures. Tu griffes mon dos et moi je gémis d'extase. Tu n'en peux plus, cette fois tu murmures un « arrête » significatif que l'orgasme est passé. Tu me fais signe de m'allonger sur le lit, tu me couvres de ton corps. Nos jambes croisées, nos bas-ventres sont en contacts. Tu retires doucement mon bas de pyjama, nos clitoris entrent dans une nouvelle danse. Tu ondules, l'os de ta hanche me fait hurler de plaisir. Tu ondules et moi, les mains posées sur ton bassin, j'accentue le mouvement. Je te sens venir sur moi, mes cuisses mouillées témoignent de l'amour que nous nous portons, que nous retrouvons. Je finis par céder. Tu t'installes à côté de moi, tu ne t'es jamais arrêtée de pleurer, tu as des spasmes. C'est bien unique à toi petit ange, je te console dans une étreinte parfaite, j'en suis si fière... Tu me regardes un long moment, puis tes yeux m'indiquent que je dois m'allonger confortablement sur le dos. Ce que je fis, et toi, tu poses ta tête sur ma poitrine. Tu prends ma main dans la tienne, abrégeant nos souffrances une bonne fois pour toutes. Tu sais dès lors que je ne quitterai plus jamais, plus jamais je n'irai contempler les étoiles alors qu'une seule brille pour moi. L'amour de dix hommes ne vaudra jamais le mien. Une étoile filante est rare mais pas unique. Un jour, tu tombes sur celle qui exaucera tous tes v½ux. Toi, Jamie, mon petit ange, tu illumines mon ciel, ma deuxième étoile à droite.

« Je t'aime, je t'aime, je t'aime... »

Je t'aime aussi Jamie.

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Premier O.S. que j'ai écrit au courant de l'été, même si mes idées ont quelque peu changées depuis, j'en reste fière et je le poste ici. J'aimerais que vous me faisiez part de vos commentaires, vos impressions, s'il y a des erreurs apparentes ou quelques traits de l'histoire que vous n'aimez pas tout à fait. Je veux toute votre sincérité et honnêteté. Merci de m'aider à commencer ce Skyblog, je vous promets qu'il sera haut en couleurs.

# Posté le mardi 30 septembre 2008 23:08

Modifié le mardi 30 septembre 2008 23:23

O.S. second

Bonsoir. Cet O.S. est, encore et je m'en excuse, un YURI. L'inspiration ne vient pas pour une YAOI ou pour une HET. Pardon, mais j'ai mis un certain temps sur celle-ci et j'espère qu'elle vous plaira.

O.S. YURI

Le dernier jour de notre nouvelle vie

Je n'ai pas encore poussé mon dernier souffle, quoique le sang coule toujours de cet abdomen qui me fait tant souffrir aujourd'hui. Des gens sont couchés sur le sol, je n'ai même pas envie de savoir s'ils sont vivants ou morts. Pour plusieurs, cette journée sera la pire ou la dernière de leur vie, mais pour moi, elle sera merveilleuse.

Une heure plus tôt, 20 avril 2008, lycée Braveheart, Londres.

Assise à fixer l'horloge encore, la jupe trop courte et les cheveux éméchés, il n'y a que la brave Alice, la dure Alice, la garce d'Alice pour oser. Je mâchouille le bout de mon stylo depuis une demi-heure maintenant, les yeux rivés sur le bureau à ma diagonale droite. Ses jambes, son dos, sa manière élégante de se tenir, pourtant à l'opposé de moi, pourtant tout de moi. Ses cheveux retombent gracieusement sur ses épaules si fines, créant une cascade de lumière entre ses omoplates, j'aime les cheveux longs. Attention, un mouvement et je suis repérée. La brave Alice, la dure Alice, la garce d'Alice fond carrément devant un être humain.

« Mademoiselle Dugas, votre cravate est de travers, tâchez de la replacer, mon Dieu, quand allez-vous enfin vous soumettre aux règles de l'école ?
-Je vous répondrais entre dans une centaine d'année et jamais madame, répondis-je avec le sourire le plus arrogant et méchant que je puisse arborer à cet instant. »

Tout le monde se retourna, même la personne qui fait vibrer mon âme. Elle aussi mord le bout de son crayon, me regardant avec des yeux espiègles. « Bien renvoyé chère Alice », me fis-je remarquer. Le cours s'ensuivit sans autre fait particulier. La cloche retentit, la prof me demanda à nouveau de rester après le cours, question de « causer », pas le temps, je dois impérativement aller voir ailleurs si j'y suis. Je me fonds dans le courant des gens qui, ont toujours un sentiment étrange de recul envers moi. J'aime bien cette impression de supériorité, j'aime être crainte, autant sinon plus qu'être aimée. Je prends mes livres de mathématiques, je hais les maths. Sur la pointe des pieds, laissant entrevoir mon dessous, boxer féminin noir, oui, c'est ainsi que je suis. Les garçons me veulent parce que j'ai le côté rebel et aventurier qu'ils recherchent tous. « Une nuit de baise intense avec l'étrangère », pensent-ils. L'étrangère se trouve à être un papillon aussi fragile qu'un filament de verre. Surprise les mecs, la bonasse aime les femmes. Je me dirige d'un pas nonchalant vers mon local, quand je tombe sur elle, June Parker, celle que tout le monde aime, celle qui a créé l'opposé de mon monde. Les battements de mon c½ur accélèrent au même rythme que mes pas, la brave Alice, la dure Alice, la garce d'Alice regarde le sol.

« Salut Alice, siffla-t-elle, sourire angélique aux lèvres.
-Heum, salut...ça va ?
-Ouais, toi ?
-O...oui oui. »

Fin de la discussion, n'en parlons plus.

POV June

Qui est cette fille ? Elle vient d'ailleurs, pas seulement de France, mais d'un monde à part. Dès l'instant où elle est entrée dans ma salle de classe il y a trois mois, j'ai su qu'elle allait avoir un impact sur ma vie. Vous savez, ce sentiment qui frappe droit au c½ur sans vous en expliquer la raison ? Eh bien, cette fille aux yeux charbonnés, aux cheveux flamboyants, au regard aussi aiguisé qu'une lame, cette fille avec l'accent de son pays imaginaire a attiré mon regard et ma curiosité. Je dois l'assouvir, je dois la connaître, je dois savoir le rôle qu'elle a à jouer, le rôle que je jouerai peut-être dans sa vie.

Vous pouvez m'expliquer pourquoi la vie change de destination en cinq secondes ? Vous pouvez m'expliquer pourquoi ce matin, des dizaines d'élèves de mon âge se levaient pour affronter le jour de leur mort ? Ils sont entrés, ils étaient deux, nous avons entendu, entendu la mort, entendu des cris, couverts par mon silence, ma stupeur, mon effroi, ma fascination. Le son était bas, le son s'est éteint, la lumière et éclats étaient sur moi, j'ai croisé son regard, le regard du garçon qui tenait ce fusil, fusil qui venait de toucher ma meilleure amie. Les mouvements effectués rapidement semblaient si lents dans mon esprit, tellement que c'est elle, la brave Alice, la dure Alice, la belle Alice qui me sortit de ma torpeur.

« Mais qu'est-ce tu fous bordel ? COURS ! »

Elle prit ma main et elle courut, m'entraînant derrière elle, m'entraîna vers la sécurité, vers le semblant d'espoir qui nous restait. Le premier éclat de réalité vint se frapper à moi, je me posais la première question : « Que faisaient deux garçons dans un couvent de filles ? » La question n'était pas importante, état d'urgence, j'étais en danger, voilà l'évidence. Cette porte qui s'offrait à nous, je la connaissais trop bien : le dortoir ouest.

J'entendais toujours les coups de feu, les cris, les pleurs, les gens courir, la mort que mon silence couvrait. Elle verrouilla la porte derrière nous et s'y adossa.

POV Alice

Elle était touchée à la jambe, probablement trop sous le choc pour s'en rendre compte. Je tendis ma main vers sa blessure et effleura les alentours. Elle frissonna, elle comprit qu'elle était blessée, le mal apparût, quand on pense au loup. Cette école maudite pourrait être notre tombeau et je ne songe qu'à mon sort, l'évasion quasi-impossible nous condamnerait. Nous sommes au sixième étage, bravo architectes qui furent les premiers dans leur stupidité à ne pas prévoir l'évacuation. La guerre sévissait à l'étage inférieur, la brave Alice, la dure Alice, la garce d'Alice avait peur.
« T'as un portable ? immergea June.
-Non...putain fait chier.
-C'est pas grave...merci de...de m'avoir sortie de là.
-Ce n'est rien, j'aurais aimé te sortir de là avant que ce salopard ne te blesse par contre.
-Tu en as déjà fait beaucoup et je te dois la vie. »

Les bruits de fusils se rapprochaient à présent, elle se blottit instinctivement contre moi.

« Alice, dis-moi que tu as peur, me supplia-t-elle.
-Oui, j'ai peur. »

Nous tremblons à présent, le destin en décida ainsi. Pour la calmer un peu, je glissais mes doigts dans ses longs cheveux dorés, parsemés d'étoiles et de soie. Je respirais tranquillement maintenant.

« Tu sais June...
-Hmmm?
-Je...je ne suis pas comme j'en ai l'air tu sais.
-Je sais, je sais. J'ai tout de suite su que tu devrais jouer un rôle important dans ma vie.
-Je crois qu'on choisit notre rôle June.
-Alors tu choisis quoi ?
-Ne me demande pas ça... »

POV June

Nous voici à l'instant de vérité, Alice, dis-moi qui tu es.

« T'as déjà embrassé une fille ?
-Non, répondis-je.
-Déjà eu envie ?
-En ce moment, oui, très. »

Ma réponse sortit comme une flèche. Oui, j'en avais envie et depuis longtemps. Nous entendons des cris, des cris effroyables plus près que jamais. Mon c½ur allait exploser, ma tête aussi, mon être tout entier désirait quitter son enveloppe charnelle pour se réfugier loin loin, loin de ces armes. Je ne vis que ses yeux s'écarquiller sous la surprise et sa bouche trouver refuge et bien-être sur la peau de mon cou. Je me laissai faire, le temps nous manquait pour résumer cette histoire qui ne commencerait jamais. Elle descendit à ma chemise qu'elle déboutonna rapidement, le temps s'écoulait et nous glissait entre les doigts. Elle embrassait toujours cette partie de mon intimité qui frémissait de peur et de plaisir, d'horreur et de désir. Je gémissais ouvertement à présent, savourant chaque seconde de ma jouissance, de cette dernière jouissance de vivre. Elle glissa sa main droite sous ma jupe, et de l'autre me tenait le dos. À même le sol froid, elle entra en moi rapidement. Vite, vite ma brave Alice, ma dure Alice, ma belle Alice. Fais-moi l'amour comme on fait des adieux. Je criais de peur et de désespoir, je pleurais pour notre vie perdue, je criais pour notre amour inexploré, inavoué. Du sang coulait d'entre mes cuisses, je venais de perdre ma virginité, je venais d'être touchée par un ange.

POV Alice

Elle criait à en faire frémir tout homme, elle criait à en tuer les morts. Je sentais un liquide chaud glisser le long de ma main, je lui ai pris sa virginité, je lui ai enlevée pour lui avouer. Lorsqu'elle s'affaissa sur le sol, fatiguée de sa première expérience, elle afficha un sourire si sincère en ces temps de crise que même moi, la brave Alice, la dure Alice, la garce d'Alice ne put y résister. Et ces coups sur la porte, les plus terrifiants que j'ai entendus. On court jusqu'au fond de la pièce, apeurées, la porte fut défoncée, ils sont entrés.

« Salut les filles, nous narguaient-ils.
-...
-Chuuut, taisez ces voix inutiles qui envahissent vos esprits. Voici l'heure de la révolution. »

Cette fois, c'est elle qui m'embrassa. Je goûtai l'une de ses larmes avant d'entendre le premier coup, du sang sur mon visage, l'épaule de celle que j'aime en sang. Elle criait, suppliait, gémissait, je restais là, plantée à ne rien faire. Et toute cette haine sur mon visage en cet instant précis aurait pu faire fuir un ours. Un dernier coup de feu pour June, sa tête retomba sur mon épaule, laissant couler le sang du trou de la balle fraîchement fait sur son front. Adieu mon ange, la peur et la haine ne devaient pas faire partie de tes plans. Je regardai ce chien une dernière fois dans les yeux avant de recevoir ma sentence moi aussi, un coup en plein ventre et je perdis connaissance.

Je me foutais de mon sort, et j'ai eu raison de m'en foutre puisque je mourus suite à cette fusillade. Je me fous aussi de l'endroit où l'on va après la mort, c'est pas si chouette que les saints le disent mais je ne m'en plaint pas. On dit que les chats ont neuf vies, j'y crois. Lorsque j'ai fermé les yeux sous le règne de la douleur, je n'aurais jamais cru les rouvrir de si tôt. On dit qu'on obtient toujours une deuxième chance à force d'acharnement, Eh bien vous savez quoi ? June est là elle aussi, dans les couloirs de ce même lycée, à l'aube de cette même journée qui répétait en boucle. Je ne suis peut-être pas la meilleure personne sur Terre, mais j'ai eu une deuxième chance, la chance de tout changer. Dans quelques instants, les tueurs entreraient ici. June se dirigea vers moi, l'air grave, elle empoigna mon bras et nous sortîmes. Nous marchâmes loin loin de cet établissement, avant d'entendre les premier cris fuser de toutes parts. Nous nous regardons, les yeux espiègles, avant de fixer l'horizon et de hâter le pas.

Juste avant de nous endormir ce soir-là, June me murmura doucement ce qui fut autrefois ses derniers mots :

« Je t'aime Alice, ma fragile Alice, ma douce Alice, ma belle Alice... »

C'est à cet instant que j'ai compris qu'elle nous avait sauvées, qu'elle était un ange...

...et que j'en suis un pour elle.

# Posté le mardi 21 octobre 2008 22:07

Modifié le lundi 03 novembre 2008 19:21

O.S. troisième ; à toi.

Il s'appelait Peter, elle s'appelait Wendy.


Vous connaissez tous cette histoire rocambolesque, mettant en vedette un jeune homme à l'épée de bois, à l'ombre vivante et aux couleurs magiques ? Celui qui virevolte, qui court, qui crie, qui rit, qui vole... Vous le connaissez ? Oui ? Ah bon, et vous connaissez son histoire ? Oui ? Eh bien, vous me faites penser à Wendy. Qu'elles étaient captivantes ses histoires ! Eh bien, puisque vous savez tout déjà, je ne vois pas trop ce que je fais ici alors...au revoir !

...ah, je m'en doutais. Vous voulez la suite, celle que vous ne connaissez pas. Le grand point de mire des humains est leur penchant pour le mensonge vous ne trouvez pas ? Ils mentent un chapitre de leur histoire pour masquer leurs faiblesses. Croyez-vous vraiment que ces grands enfants que vous appelez vos parents vous raconteraient une histoire triste avant de vous border ? Une histoire si noire qu'aucune étoile ne saurait l'illuminer ? Non. Même la deuxième étoile à droite ne brille pas assez fort. Suivez-moi, je vous y emmène, traversons la galaxie et je vous raconterai...



Londres, quelque part dans l'espace-temps.


Il était là, quelques années plus tard, à regarder le fruit de son amour s'effriter sous ses yeux. Dans le c½ur d'un jeune garçon, chaque peine peut causer un ouragan de larmes. Elle était là, telle qu'elle l'avait été, plusieurs années marquant maintenant son jadis si beau visage. Entre ses mains, une toile à trame. Wendy brodait paisiblement dans la chambre qui fut témoin de mille et unes aventures autrefois. Qu'elle semblait vide cette pièce ! La grande bibliothèque avait été remplacée par une grosse armoire de bois poli, le feu qui dansait dans la cheminée n'était pas aussi vivant qu'il paraissait il y a quelques lustres et finalement, la vieille femme sur la chaise n'avait plus le sourire malicieux qui activait dans l'être de chacun, cette pointe de vivant et de fantaisie. Elle brodait, tout simplement. Ce qui fit mal à Peter ne fut pas le fin anneau d'or qu'elle portait à l'annuaire de la main gauche, mais bel et bien le baiser qu'elle avait glissé sur son index de la main droite. Nous nous serions crus dans une mauvaise pièce de théâtre, au moment où la foule est en larmes. Hélas, nous nous trouvons dans la réalité, celle de Wendy, bien sûr, puisqu'au Pays Imaginaire la réalité est bien différente d'ici-bas. Nous aurions pu fermer le rideau et chacun serait rentré chez lui, le c½ur au chaud et les yeux humides. Mais non, il fallait que l'histoire continue, qu'il y ait un point.

Tout à coup, une ombre entra en trombe dans la chambre de la vieille dame. N'importe qui de sensé aurait sursauté pensez-vous, mais la femme se contenta de sourire, sourire comme elle ne l'avait pas fait depuis des années, depuis trop longtemps maintenant. Elle déposa sa toile à trame et ouvrit la fenêtre d'un coup sec, laissant l'air glacial hivernal entrer en contact avec ses poumons et son visage ridé. De son côté, notre vaillant petit héros était assis sur le toit de cette maison luxueuse qui appartenait depuis des centenaires déjà, à la famille Darling. Il suffisait à Wendy d'attendre, d'attendre que l'ouragan passe, que le chagrin s'atténue. Elle le savait, elle le ressentait elle aussi. Sauf que contrairement à lui, les années de malheur elle les avait vues passer. Elle s'assied sur son lit et contempla le ciel. Elle ne pouvait apercevoir l'horizon tant les nuages camouflaient le ciel, ce qui la déçut au plus haut point.

Une heure était passée, trop occupée à fixer la masse violette accrochée au voile céleste, elle avait oublié d'alimenter le feu. Ce qui la fit sortir de ses rêveries fut l'obscurité désormais enveloppante. Prise de court, elle ne laissa pas une seconde de plus s'échapper.

« Peter Pan ! Veux-tu, s'il-te-plaît, venir ici et récupérer ton ombre ? Et tu lui diras de ma part, petite sotte, que ce n'est pas parce qu'il n'y a plus d'éclairage que je ne la vois pas ! »

Elle était debout, les traits crispés, les poings serrés sur les hanches et le regard porté sur la fenêtre. Rien n'y fit, le quasi-silence était bien à son aise et pendant une seconde elle se dit qu'elle l'avait imaginée cette ombre, qu'elle devait être fatiguée. Encore là, si notre héroïne s'était décidée à aller au lit, rien ne se serait passé non ? Il fallait indubitablement qu'une idée foudroyante la frappa.

« Eh bien, je commence à croire que nos aventures ne furent que des rêves merveilleux dans mon imagination puérile. De toute manière, les fées n'existent... »

L'effet fut tel qu'elle fut sous le choc durant un instant. Le garçon perdu s'était précipité sur elle, fendant l'air comme on le fend d'un sabre et avait plaqué violemment la paume de sa main à plat sur la bouche stupéfaite de la vieillarde.

« Ne...redis...plus...jamais...ça ! haleta-t-il. »

Même sous un geste de telle violence, sous un propos aussi enragé, Wendy Moira Angela Darling ne put s'empêcher de sourire. Et la flamme se ralluma, et ses yeux flamboyèrent. Pris de court, Peter fit glisser sa main sans cependant quitter son amie du regard.

« Bonsoir Peter, ça faisait longtemps. »

Les yeux du petit s'embuèrent de larmes. S'il n'y a pas d'âge pour aimer, il n'y a donc pas d'âge pour en souffrir. De toute façon, chers lecteurs, notre histoire est hors temps n'est-ce pas ? Il recula d'un pas, toujours accroché à l'azur des perles visuelles de sa moitié et, dans un orgueil surdimensionné, tenta de rattraper son ombre.

« Ne me refais pas le coup encore toi ! beugla-t-il à l'égard de son sombre double. »

Wendy le regardait répéter ses mimiques d'antan avec tendresse, une tendresse telle qu'elle déclencha la neige au dehors. Avec une telle intensité passionnelle qu'elle aurait même pu la faire fondre. Après un certain temps, le jeune homme vêtu de rêve s'effondra en sanglots sur le sol froid. Toujours aussi tendrement, la vieille s'approcha de lui en lui demandant :

« Petit garçon, mais pourquoi pleures-tu ?
- Je ne pleure pas ! J'ai de la poudre de fée dans l'½il ! »

Et comme pour aider son compagnon, elle cria à l'intention de l'ombre folle :

« J'ai une aiguille et du fil, si tu ne veux pas te faire recoudre encore une fois, tu devras obéir à ton propriétaire ! »

Un petit cri strident, suivit d'un mouvement rapide fit comprendre que l'ombre se rattachait à son détenteur. Le tableau se répétait, leurs c½urs se réchauffaient, ils étaient pour l'un et l'autre un baume sur l'âme. Malgré sa joie, le garçon perdu regardait le plancher avec admiration et curiosité.

« Oh Peter...je suis vieille maintenant. Regarde-moi, j'en ai tant besoin. »

Et comme il ne put résister, il regarda. Le silence s'était immiscé entre eux deux, il semblait froid à présent, rempli de vide et d'ornements célestes.

« Je vais bientôt mourir, tu sais ce que c'est mourir n'est-ce pas ? reprit-elle. Il y a quelques années, j'ai fait le choix de vieillir et voici maintenant la grande conséquence de cet acte. J'ai une faveur à te demander...
- Je n'accorde aucune faveur aux grandes personnes, peu importe ce qu'elles ont jadis représenté pour moi. Les adultes ne sont que des pirates et aux pirates je leur tranche la gorge de mon épée.
- Peter ! Ne dis pas de sottises ! Tu devrais le savoir... sanglota Wendy, c'est toi qui me l'a appris. Ce n'est qu'un corps, qu'une enveloppe charnelle. Je suis une enfant, une fillette perdue, plus que perdue. Et j'ai besoin de toi pour m'aider à me retrouver ! »

Ce fut un torrent qui inonda le visage de l'éternel enfant. Ses yeux évacuaient une peine démentielle contenue depuis trop longtemps. Wendy fit un pas vers lui, comme on apprivoise un animal blessé, pour lui montrer que nos gestes ne sont que bienfaiteurs.

« Regarde-moi dans les yeux, garçon perdu. Qu'ils sont laids ! Je n'y retrouve plus le ciel et la mer que j'y voyais autrefois, où j'allais me réfugier.
- Merci de me dire que je suis atroce chère Wendy.
- Je n'ai rien dit de tel, laisse-moi terminer au lieu de sauter aux conclusions. Je ponctue mon propos en te disant qu'ils sont plus beaux lorsque l'océan ne les inonde pas...Peter, peux-tu faire ça pour moi ? »

Et comme toute réponse, le jeune garçon lui saisit la main et l'entraîna vers la fenêtre. Elle sourit, confiante, et laissa ses pieds nus caresser la neige.

« Accroche-toi petite Wendy. »

Et ce fut le grand départ. À travers l'espace temps, entre les soleils, entre les milliards de petites choses anodines qui forment le bonheur. Entre une bulle de chagrin et l'éternité des sentiments, ils voyagèrent à deux. Wendy reprit l'expression si connue de son tendre ami :

« Deuxième étoile à droite, tout droit jusqu'au matin ! »

Et le bonheur fendit leurs visages en deux.

Lorsqu'ils déposèrent les pieds sur le sol du Pays du Jamais-Jamais, ce fut le déroutement total. Stupéfaits, tous les enfants perdus se dirigèrent vers la nouvelle arrivée.

« Mais qui c'est Peter ? demanda l'un.
- Garçons perdus, je vous présente Wendy Moira Angela Darling. »

Une rumeur se perdit dans la foule, suivirent des exclamations et des regards interrogateurs.

« La Wendy dont tu nous parles si souvent ?
- Hum, enfin, bref, je n'en parle pas si souvent mais, hm hem, oui...elle.
- Enchanté, moi c'est Balu ! »

Le petit se posta devant elle et lui tendit la main d'un air jovial, sans hésiter, elle l'empoigna fermement. Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu'elle remarqua une main toute lisse, blanche, aux fins doigts qui apparemment n'était pas la sienne, mais l'était réellement.

« Oh, mais je suis jeune ! Peter, comment se fait-il ?
- Bienvenue au Pays Imaginaire ! se contenta-t-il de répondre, tout sourire. »

Avant qu'elle ne puisse lui répondre, une vive douleur s'empara de son cuir chevelu. Elle essaya violemment de s'en défaire mais en vain. Elle agitait les bras dans tous les sens en espérant atteindre sa cible inconnue, mais impossible, ses cheveux étaient tirés par une sorte de moustique dérangeant.

« Stop ! cria Peter. »

Et la douleur cessa. Elle crut d'abord qu'il avait la capacité d'arrêter le mal, mais elle se sentit sotte lorsqu'elle aperçut la petite boule scintillante qui lui tirait maintenant la langue.

« Ah, salut Clochette, moi aussi je suis contente de te revoir. »

Et de son permanent air exaspéré, Clochette lui tourna son minuscule dos avant de secouer les fesses en signe de provocation. Wendy serra les poings et les dents et se jura d'attraper cette petite peste pas les ailes et de lui faire passer un mauvais quart d'heure dès que Peter aurait les yeux tournés.

Plusieurs aurores passèrent, difficile d'appeler ça des jours puisqu'au Pays du Jamais-Jamais, le temps n'existe pas, et Wendy apprit à connaître Balu, Minga, Domino et Accio, les nouveaux garçons perdus. Entre une partie de dés et la visite aux Indiens ce soir-là, Peter accosta Wendy en sortant de leur cabane.

« Suis-moi, l'implora-t-il. »

Sans dire un mot, elle le suivit au pas. Il lui tenait fermement le poignet, sans tout autant lui faire mal, chaque geste du jeune garçon envers Wendy était rempli de délicatesse. Elle connaissait le chemin, elle se rappelait de chaque parcelle d'herbe, de sable, d'eau et de boue. Elle se rappelait la clarté de la lune reflétée sur l'eau stagnante, que la brise du vent sur leurs visages et la jeunesse au ventre.

« M'accorderez-vous cette danse ?
- Avec joie Peter Pan... »

Elle lui fit la révérence, il fit glisser tendrement sa main sur sa hanche et ils commencèrent à valser. Ils valsaient au rythme de leurs souffles, au gré de leur fantaisie. Lorsqu'ils s'élancèrent dans le ciel, Wendy en fut plus que stupéfaite et pas parce qu'elle n'y était pas habituée... :

« Peter, tu ne m'as pourtant pas saupoudrée de poudre de fée...
- Tu as déjà oublié, douce amie, qu'il suffit d'avoir des pensées heureuse pour voler ? »

En retenant une larme de joie, elle ancra son visage au creux de l'épaule de l'éternel vagabond et huma son air vital. Ils dansèrent, dansèrent comme deux enfants en quête d'amour, fortunés de joie et de plaisir, chanceux sont-ils, ces enfants perdus.

Et l'heure sonna où il faut partir. Partir où ? Patience. Wendy suffoqua et se tint le c½ur à deux mains.

« Que se passe-t-il ? Wendy, est-ce que ça va ? s'informa Peter.
- Non je...je crois que...que mon c½ur va lâcher...
- Mais c'est impossible, tu es jeune ici, le temps ne peut te rattraper !
- J'imagine que oui, j'imagine que le monde auquel nous appartenons nous rattrape toujours. »

Elle tomba à genoux, dans un tas de feuilles et s'y allongea, le visage vers le ciel. Les nuages étaient encore présents, remarqua-t-elle. Elle se dit que derrière les nuages brilleront toujours les étoiles. Elle souffrait mais paisiblement, elle avait peur mais pas tant que ça, puisqu'il était là. Il pleurait à présent, il ne voulait pas qu'elle parte là où elle ne pourrait jamais revenir.

« Peter, ne pleures pas, je vais mourir, c'est normal tu sais.
- Wendy je...ne pars pas, je t'en supplie !
- Je le dois, petit garçon, je le dois, ne me retiens pas.
- Mais je...
- Chut...Peter, je voudrais te remercier.
- Remercier de quoi ?! De t'avoir laissée partir toutes ces années, d'avoir vieilli, de mourir sous mes yeux aujourd'hui ?! De quoi, Wendy, dis-moi pourquoi !
- D'avoir croisé mon chemin... »

Ne répondant que de son souffle, il déposa sa tête sur le ventre de Wendy, secoué de spasmes. Elle s'éteignait devant lui, son unique amour, elle mourrait et il ne pouvait rien y faire.

« Wendy, je voudrais te donner quelque chose...
- ... »

Et il atteignit paisiblement son visage pour y déposer un doux dé à coudre. Il ne dura qu'un bref instant, mais ce fut les secondes les plus merveilleuses de leurs vies jusqu'à présent...jusqu'à ce que Peter dise :

« Je t'aime...
- Je t'aime, répondit-elle dans un murmure juste avant de s'éteindre à jamais. »

Ce fut la première fois que Peter dit je t'aime...et la dernière...

Notre héros n'aime pas les choses officielles de la vie réelle. Il assista cependant aux funérailles, il affronta sa plus grande peur pour elle, pour son amour. Face au cercueil, tout vêtu de noir, il jouait avec la petite pièce d'argent qui commençait à s'humidifier sous la moiteur de ses mains. Les autres le regardaient, le dévisageaient. Un petit garçon non-accompagné aux funérailles de la respectable descendante de Mr. Darling. Que faisait-il, pourquoi attendait-il en ligne pour faire ses adieux à une dame qui aurait pu être son arrière grand-mère ? Parmi ces gens siégeaient John, Michael, Nibs, Tootles, Curly, Slightly et les jumeaux. Aucun d'entre eux ne dit un mot, aucun d'entre eux n'essayèrent d'approcher le garçon doublement perdu. Ils se contentèrent de le regarder, l'observer, ressentir son émoi.

Lorsque Peter parvint au cercueil, il observa longuement le visage figé de sa perle rare. Il ferma les yeux, prit une grande inspiration, lui remit son du et quitta l'endroit en s'envolant, tout simplement.

Si vous y aviez été, chers lecteurs, si vous aviez vu Wendy dans son repos éternel. Vous auriez vu les objets déposés à ses côtés pour l'éternité : un ourson en peluche, un chapeau haut-de-forme, un sabre de bois et le plus scintillant de tous enfilé sur le bout de son index droit, un baiser, symbolisant l'éternité.

Tous les enfants grandissent...tous, sauf un.

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1. Les expressions dé à coudre et baiser sont inversés dans l'histoire !
2. Noms anglophones des garçons perdus.

# Posté le dimanche 16 novembre 2008 15:44

Modifié le mardi 18 novembre 2008 21:48

O.S. quatrième; pour lui

O.S. HET (relations entre hommes et femmes)
Partie première

À mon amour, ma source d'inspiration; clique


« ARRÊTE ! PAPA, ARRÊTE ! »

Il pleurait, se tenant la tête à deux mains, répétant sans cesse les mêmes paroles, en vain. Le gamin de sept ans n'en pouvait plus, les larmes brouillaient sa vue et sa respiration se faisait de plus en plus courte. Bientôt, il sentirait le monde tourner et la froideur du parquet s'emparer de la tiédeur de sa joue gauche. Il n'entendait plus qu'un bourdonnement sourd malgré les cris incessants de son père, lui disant encore et encore à quel point ce fils unique était la honte de sa vie. Voilà plus d'une heure que le petit Ludo était à genoux, mains plaquées sur les oreilles, face au mur, à écouter celui qui fut jadis son héros lui aboyer qu'il n'était rien, que c'était de sa faute s'il venait de perdre son emploi. Ça puait l'alcool et ça puait la honte. L'enfance, transportée par ce petit camion rouge avec lequel l'enfant jouait une heure plus tôt, mourut lorsque ce dernier reçut une bière froide dans le dos.
Oh oui, à faire froid dans le dos.

Une heure plus tard, le calme se fit remarquer à nouveau. Le Soleil était couché, ainsi que le géniteur, canette de bière à la main, sur le canapé, la bouche grande ouverte. Ludovic avait froid dans sa chambre, toujours allongé à même sol, le visage séché et collé sur le bois, songeant à se lever afin de se procurer un petit quelque chose à manger. Sous prétexte qu'il ne supportait pas de voir sa « sale tronche de loser », son père l'avait empêché d'avaler quoi que ce soit. Cependant, la noirceur de la pièce le dissuada de toute tentative, sa peur de l'obscurité dominant sur tout le reste, encore une fois. C'est finalement à minuit qu'il trouva sommeil, toujours vêtu de ses vêtements de la veille.
Le ventre vide et le c½ur en bouillie.

Éclipse

Son portable sonna, ou plutôt l'alarme intégrée sonna, et l'homme se leva avant la lumière du jour. Rien de nouveau. Le visage endormi, les jambes engourdies, il se traîna avec peine vers la salle de bain.

« Mon vieux, t'as une sale gueule ce matin. »

Il se déshabilla et entreprit d'ouvrir le robinet de la douche. Comme toujours, celui-ci protesta avant de laisser couler un faible jet d'eau froide. Tant pis s'il ne restait plus d'eau chaude, pas le temps de chigner pour le luxe, le monde était déjà assez rempli de gens avares comme ça. Il effectua machinalement les gestes essentiels à son hygiène et sortit de l'habitacle dix minutes plus tard.

« Un homme neuf mon Ludo ! » se dit-il.

Ludovic se sécha avant d'enfiler ses vêtements de travail et de se raser. Après avoir mangé son habituel bol de céréales, brossé ses dents et préparé le nécessaire pour entreprendre une journée à peu près normale, il se dirigea tranquillement et à contre c½ur vers sa voiture. Même sa chanson préférée jouant à la radio ce matin-là ne suffit pas à alléger le poids sur ses épaules. Si seulement quelqu'un savait, si seulement quelqu'un l'avait écouté, juste une fois dans sa vie, il n'en serait peut-être pas là aujourd'hui, au début de la vingtaine, à quitter son appartement sans même quelqu'un à qui dire au revoir. Non, il était seul.
Totalement et éperdument seul.

La journée fut longue : il manquait des gars, il faisait froid et le temps supplémentaire était aussi mal payé que le temps habituel. Ludo retrouva le silence de mort de sa chambre, son lit défait et les restes de céréales toutes ramollies sur son bureau. Il se déchaussa, se dévêtit paresseusement et mit quelques restants de pâtes à chauffer au four à micro-ondes. Il prit néanmoins le temps de jeter un furtif coup d'½il à la fenêtre menant sur la cour arrière d'un autre bloc appartement et constata avec désolation l'heure à laquelle il était rentré. Plus un bruit dans les rues, seulement quelques rayons lunaires bloqués de temps en temps par un nuage qui passait par-là; les journées étaient humides et désagréables. Sentant un flot de solitude lui monter à la gorge, il jugea bon de quitter la cuisine et de se réfugier dans son lit. De toute façon, il n'avait pas faim.
De toute façon, qu'est-ce que ça change si personne ne se soucie de lui ?

Flashback

Ses bagages étaient faits, ses tiroirs étaient finalement vides et il se sentit, pour la première fois depuis trop longtemps, délesté de tous ses mauvais souvenirs. Son père arrivera dans une heure pour constater sa chambre vide. Il pleurera, s'avouera à lui-même ainsi qu'au reste du monde que c'est sa faute, entièrement sa faute, seulement sa faute si tout est détruit. Mais son enfant n'en saura jamais rien, puisqu'il était déjà loin.
Beaucoup trop loin.

Ludovic était déjà en route vers de nouveaux horizons, traçant évidemment mais inconsciemment sa propre route. Le tramway était bondé, décidément, il n'avait pas choisi la bonne heure pour faire sa fugue. Où allait-il ? Il ne le savait pas encore, il choisirait à l'aéroport. Un peu comme choisir le fil rouge ou le fil bleu, être mis debout face à sa destinée. Au bout d'un moment, l'adrénaline que lui avait procurée sa fuite commençait peu à peu à ne plus se faire sentir. Une fatigue intense s'empara de tous ses membres et il faillit bien s'endormir sur son siège, le gros sac rempli du peu qu'il possédait à ses pieds. C'est alors qu'elle fit irruption dans le wagon, la fille aux longs cheveux, ainsi que dans sa vie. Il ne la connaissait pas, elle non plus d'ailleurs, mais son c½ur fit un bond en l'apercevant. Elle n'était ni plus belle que les autres, ni extraordinaire en soi. Elle avait simplement retenu son attention. Une sensation indescriptible remplit son cerveau, puis doucement ses veines, le clouant littéralement à son banc. Et comme si c'était nouveau, comme si c'était la première fois, et ce fut éphémère, il fut heureux.
Comme si c'était normal d'être heureux pour la première fois à seize ans.

Fin du flashback

Le vendredi soir, Ludovic aimait bien aller se promener sur le quai. La sérénité lui était de tout secours, se sentant plus rempli ici que nulle part ailleurs. Les reflets des faibles lumières ondulaient sur la mer dansante et une odeur de sel vint cajoler ses narines. Il ne se sentait pas complètement en paix, mais pour ces quelques heures à ne penser qu'à mettre un pied devant l'autre, le détour en valait la peine. Il n'aimait pas particulièrement socialiser, ni faire de nouvelles rencontres, quitte à se morfondre dans un passé agité, mais il n'était pas non plus associable. Il savait reconnaître la beauté réelle des choses et avait une perception de la vie bien singulière. Il avait certes plusieurs amis, rencontrés au fil du temps, mais il se sentait toujours incroyablement incompris ; le vilain petit canard. Ce faisant, il nourrissait, depuis quelques années déjà, une peine immensément grande qui ne cessait de s'accroître. C'est ainsi que sur le quai des mal-aimés, il jeta à l'eau sa peine et sa misère sous forme de larmes et de pierres.

Il était déjà deux heures du matin lorsqu'il franchit la porte de son appartement, accompagné. Il était exténué, mais désirait un peu de chaleur humaine cette nuit. Il entreprit de retirer les vêtements de son amie, la couvrant de ses baisers les plus amers. En entendant cette fille respirer plus fort et jouir, son c½ur accélérait, l'excitant au maximum. Il en oublia le parquet glacé d'il y a quinze ans, enfin presque.
Tout lui revint en pleine face lorsqu'il réalisa à quel point la nuit n'était plus très jeune.

Flashback

Absent, Ludovic contemplait le néant. Comment pouvait-on mourir à dix-neuf ans ? La vie est si injuste. « Pourquoi lui, et pas moi ? Un avenir brillant l'attendait, pourquoi lui prendre ? » Alors qu'il se croyait renaître, une autre tragédie frappait sa vie. Son meilleur ami Matt, le seul ami qu'il possédait ici, venait de s'éteindre. Il avait beau savoir que là-bas, il y avait la guerre, qu'il n'avait pas d'autre choix, que d'être papa à un si jeune âge requérait d'énormes sacrifices, mais mourir était-il vraiment nécessaire ? Une erreur avait été commise. En lui enlevant son frère d'armes, la vie retirait tranquillement Ludovic de ses cartes jouables.

Ce dernier n'eut jamais le courage d'aller offrir ses sympathies aux parents du défunt, à ses s½urs ou a la veuve de dix-huit ans à qui Matt laissait sa fille d'à peine trois mois. Non, Ludovic préférait se fermer pour de bon, se fermer aux autres et à lui-même.
Juste pour mourir un peu, lui aussi.

Fin du flashback

Vendredi soir, toujours à marcher sur le quai. Quelques adolescents avaient apporté de l'alcool et de la musique; les blondes de service se trémoussaient dans leurs bikinis tandis que les gros machos mataient, d'un ½il empreint de désir, le fruit de leurs fantasmes s'éloigner rapidement de la sobriété. La nuit était fraîche et le vent se levait. Pour les réchauffer, Ludovic plongea les mains dans ses poches. Il ne tarda pas à s'apercevoir qu'elles étaient pleines de roches, lourdes et dures. Avant qu'il ne puisse réagir de quelque manière que ce soit, il se retrouva par terre, sur les fesses, retenu au sol par le poids qu'il portait. En levant les yeux pour trouver une aide quelconque, il la vit à nouveau. Son c½ur se mit à battre plus fort, la même sensation que jadis s'empara de lui et il prit presque feu lorsqu'il se rendit compte qu'elle s'approchait de lui. Elle se pencha à sa hauteur, laissant son parfum sucré occuper ses poumons, le regarda droit dans les yeux avant de lui tendre doucement la main.

Ce simple contact le propulsa dans son pays d'origine, là où tout ce qu'il essayait de fuir persistait. La vision d'une maison familiale décrépie, qui fut la sienne, lui fut imposée. Un regard interrogateur fut porté vers la mystérieuse fille, ensuite vers la maison, puis de nouveau vers l'inconnue à côté de lui pour se loger entre deux brins d'herbe au sol. Cette dernière fixait le décor devant elle avec un petit sourire satisfait, laissant pantois son compagnon. Que lui voulait-elle ? Était-ce possible de se retrouver ici ? Tant de questions qu'il n'osait pas poser maintenant. Il avança, elle lui emboîta le pas et tous deux pénétrèrent à l'intérieur de la maison.

Ce que le jeune homme remarqua en premier fut la peinture qui n'était plus aussi fraîche, les meubles qui avaient changé de place, dont certains qui avaient tout simplement disparu. Les rideaux étaient tirés et la bibliothèque était poussiéreuse, y avait-il seulement âme qui vive ? La fille se dirigea vers la chambre conjugale sans regarder derrière elle, Ludovic interpréta ce geste comme une invitation. Il entra dans la seule pièce encore éclairée de la maison. Ce qu'il vit l'horrifia : son père, inconscient, allongé dans son lit, un respirateur artificiel branché aux narines. Il ne savait pas si c'était le fait de revoir celui qu'il avait fui qui lui faisait tant de mal ou de voir l'homme si fort qu'il était dépérir. Il se promit intérieurement de ne plus jamais abuser de l'alcool, ayant sous les yeux la preuve (presque) vivante qu'il ne faisait que détruire des familles et des vies. Ludo s'approcha du lit dans lequel son géniteur menait le combat et s'en voulut de ne pas l'avoir appelé plus tôt, pour lui dire où il était, pourquoi il y était, pour au moins prendre de ses nouvelles...
C'était de sa faute, c'était toujours de sa faute. Son père le lui avait répété tant de fois et maintenant, tout ressurgissait. Comme pour se faire pardonner, il voulut effleurer le visage du malade d'un revers de main. Mais au moment d'y toucher, il se retrouva couché dans un lit lui aussi.
Le sien, aux côtés d'une fille qui n'avait en rien les cheveux longs.

Éclipse

De cette nuit étrange, Ludo n'en tira qu'une seule conclusion : il fallait faire quelque chose. Ce n'était pas la première fois qu'il faisait un de ces rêves étranges. Bizarrement, ils lui apparaissaient seulement les soirs où il rentrait à la maison accompagné, la plupart du temps d'une femme, pour ne pas dire tout le temps. Le visage malade de son père prenait alors forme et c'était toujours cette fille inconnue qui le ramenait vers lui. Il ne l'avait vu qu'une seule fois, et il se rappelait chaque détail : ses longs cheveux bouclés de couleur rousse tombant élégamment sur ses épaules, son bonnet de laine violet enfoncé jusqu'à la mâchoire et son trench-coat brun chastement attaché constituaient, rassemblés, l'image hantant la mémoire de Ludovic depuis six ans déjà.

Sans le savoir concrètement, cette fille était pour lui un monde différent, une échappatoire à sa triste réalité. En fait, la seule parcelle d'espoir qu'il lui restait. Ce qui était désolant dans son histoire, c'était qu'il devait sa vie à une parfaite étrangère. En partant loin de son père, il était parti loin d'elle, et sans nom ni adresse, comment allait-il la retrouver ? Il était maintenant déterminé : quitte à dormir vingt-quatre heures sur vingt-quatre, il devait savoir qui elle était et ce qu'elle lui voulait.

En se levant ce matin-là, Ludo chassa prestement sa conquête d'un soir et enchaîna avec sa routine habituelle. Seulement ce jour-là, il allait composer un numéro de téléphone dont il n'aurait pas dû se souvenir aussi parfaitement. Ses doigts tremblants composaient chacun des chiffres avec exactitude et lenteur, comme s'il avait été soumis à un ultimatum. Il porta le combiné à son oreille et attendit quelques secondes; c'est alors qu'il entendit la première sonnerie.

Flash back

Ses mains frémissaient et le téléphone par la même occasion. C'était la première fois qu'il appelait une fille et il était en retard. Il se pressait d'entendre la douce voix de son amie, c'était avec anxiété et fierté que le petit de sept ans passait son premier coup de fil. Pour vaincre son stress, il fixait avec un peu trop d'ardeur son camion rouge miniature laissé tout près du canapé, par terre, après que l'enfant n'eut aperçut qu'il avait dépassé de quinze minutes l'heure entendue à laquelle il devait appeler sa copine. Après trois tonalités, une voix suraiguë répondit :

« Allô ?
-Heu....bon-bon-bonjour...puis-je parler à-à-à-à...
-Ludo ? C'est moi !
-Ah...s-s-s-salut...
-T'es tout drôle, t'es sûr que ça va ?
-Oui oui ça...
-AH T'ES LÀ TOI ! RACCROCHE CE TÉLÉPHONE MAINTENANT P'TIT MORVEUX! »

Ce fut à l'instant précis où Ludovic raccrocha qu'il reçut une bière froide en plein entre les omoplates. Son géniteur était furieux, il venait encore de perdre son emploi et il croyait évidemment que c'était la faute de son fils. C'était toujours la faute de son fils de toute manière, c'était à cause de lui qu'il accumulait les heures de travail, donc le stress et l'alcool en prime. Il ne manquait jamais une occasion de le lui dire, de lui répéter à quel point sa vie était un échec depuis sa venue au monde.

Malgré les protestations de son garçon, il ne cessait de l'insulter, allant jusqu'à lui cracher dessus et à le traiter d'imbécile. Il se dirigea ensuite vers la cuisine, mangea un plat surgelé et s'endormit devant un programme débile passant à la télévision, canette de bière à la main. Le calme après la tempête, se plaisent à dire les poètes. Ce que ces poètes omettent d'écrire dans leurs odes à l'existence, c'est que quelque part dans la beauté des choses, un jeune de sept ans devait rester à la maison et oublier son entourage, afin d'assurer la survie de celui qui a bien voulu lui donner la vie, même si c'était à contre c½ur. C'est à partir de ce jour que le jeune garçon fut contraint d'oublier le monde...
...et toutes les petites filles à la longue chevelure rousse qui venaient avec.

Fin du flash back

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This is a story I wrote a long time ago and I decided to post it online today. I don't know why, I felt like I needed to evacuate some of the pain you feel and so that I feel through you. All I have to say about it is: je t'aime.

# Posté le samedi 03 octobre 2009 21:29